Petit éloge du veau
Petit éloge du veau. Du veau version bêta. Du veau 3.0. Du veau sous-espèce gland, glandu, corniaud, couillon, en langage vernaculaire.
Homo vitulus, de son nom savant.
Trait caractéristique : d’une crédulité et d’un conformisme sidérants. Morbides même.
Nb : l’analogie avec les moutons – le panurgisme – s’avère tout aussi fondée.
Des mougeons et des moutruches…
Un vaudeville… et pas seulement ! Par monts et par vaux… Que de veaux !… Et que de voleurs ! À se vautrer… à vos dépens.
Le veau, la clé de voûte du système. D’autant plus qu’un petit veau peut être promis, un jour, à devenir grand bœuf (une métamorphose véritablement miraculeuse).
Petit rappel aux censeurs :
« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » (Article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 faisant toujours partie du bloc de constitutionnalité de la Ve République)
De veaux et de beaufs : le triomphe des couillons de culture
Tentative de rapprochement entre l’homme et la bête – Petit parallèle entre asservissements
Une question à brûle-pourpoint : que vaut… combien vaut un de ces veaux ? Évitons d’être dévots… Dois-je en toute sincérité vous faire un aveu ?… Un certain Général ne s’y était d’ailleurs pas trompé. N’y allons pas par quatre chemins – peu me chaut en effet le concert des vociférations qui ne changeront rien au constat.
Oui, le Général disait que les Français étaient des veaux. – Peut-être même pourrait-il aujourd’hui, à juste titre, qualifier une majorité de nos contemporains de larves. – Assurément, de trop nombreux Français sont des veaux. Mais attention ! ne vous méprenez pas sur mon propos. Les veaux dont nous parlons ici ne sont pas exactement les petits des vaches. Ce ne sont pas de simples veaux, fussent-ils du Bengale, de Mongolie, de Sibérie, du Kamtchatka, de la jungle africaine, des grandes plaines sauvages du Midwest américain, de Patagonie, de Terre de Feu ou d’Alaska… ! Non ! Ni même des veaux de Bohême, de Barbarie, de Gaule ou de garenne ! Et pas davantage des veaux rustiques, agrestes ou tudesques. Et pas plus des vautours ou des vocables. Non, rien de tout cela, pensez-vous ! Il s’agit en l’occurrence d’un modèle moins champêtre, moins racé, d’une version plus édulcorée, plus bridée, plus customisée, plus travaillée, plus élaborée, dressée, formatée, modernisée, updatée, robotisée, progrèsifiée, implémentée, injonctivée… bref, plus artificialisée pour mieux répondre aux besoins de leurs maîtres. Une version bipède ayant cependant sensiblement le même caractère et comportement (behaviorisme) que les petits bovins domestiques. Comme eux, de purs bestiaux objets de profit, corvéables à merci, réformables à discrétion et – pour la petite histoire – de série abusés, bernés, traités, exploités, marqués, numérotés, parqués, confinés, surveillés, espionnés, muselés, stabulés, maltraités, brutalisés, garrotés, châtrés, gavés, testés, checkés, médiqués, vaccinés, piquousés, shootés, pastichés, moléculés, notés, imposés, taxés, taxés, taxés, taillés, maronnés, rançonnés, rackettés, traits, traits, tondus, traits, tondus, traits, tondus, re-traits, re-tondus, etc. – Remarquons au passage que nous pouvons tous, potentiellement, être le veau de quelqu’un mais certains le sont tellement plus qu’à leur tour. – Constatons également que nous retrouvons là aussi, comme dans toute société humaine – réservons-leur la primauté de la louange – des veaux de la classe supérieure (1ère classe) – voire très très « supérieure » (les calfs upper class high level), des veaux très en vue, évidemment –, des veaux de la classe moyenne (2e classe) et des veaux de la classe inférieure (3e classe) que piétinent allègrement ceux qui sont au-dessus. Des veaux qui, soulignons-le, quelle que soit leur caste de départ et leur degré de bestialité initial, ont toutes les chances de devenir de splendides, remarquables et respectés bœufs dans leurs catégories respectives. Ne dit-on pas que petit bêta deviendra grand ? Que de béjaunes en puissance !
Honneur donc ici aux box-calfs ! Aux veaux d’étable, aux veaux de batterie, aux veaux 100 % décantés® – mais toutefois possiblement vauriens. Une famille en plein essor – que le Cobid a tout particulièrement distinguée et glorifiée. – Une catégorie prolifique, pléthorique. Plein le catalogue ! Plein les parcs de gavage ! Plein les geôles ! À proprement donner le vertige. De vrais et authentiques veaux de box – De box. Rien à voir avec des boxeurs, soyez rassurés ! – Toutes sortes de veaux de box. De bons box… pardon, de bons veaux. De grands veaux. De beaux veaux. De purs veaux. Des veaux incultes. Des veaux instruits. Des veaux experts. Des veaux honoris causa. Des veaux menus. Des veaux dodus. Des veaux de trait. Des veaux de somme. Des veaux de course. Des veaux de compétition. – Des concours leurs sont même dédiés tout au long de l’année. Des prix sont alloués. Des lauréats primés. Des distinctions accordées. Des palmes octroyées. Des médailles épinglées. Des poitrails décorés. Des caboches couronnées. – Des veaux de la pointe du museau jusqu’au bout des sabots. Des veaux des pieds à la tête (de veau bien sûr). Des veaux de fond en comble, vous dis-je. Des veaux designés. Des veaux certifiés. Des veaux dociles. Des veaux gentillets. Des veaux doux… et même des veaux tendres. – Et pas seulement des votants qui coûtent un pognon de dingue ! – Des veaux Moi-Je. Des veaux amnésiques. Des veaux niais. Des veaux distraits. Des veaux biberonnés. Des veaux gobeurs. Des veaux farcis. Des veaux sédatés. Des veaux camés. Des veaux ultra connectés. Des veaux confinés. Des veaux sanitarisés®. Des veaux dosés®. Des veaux davosés®. Des veaux castrés®. Des veaux QR-Codés®. Des veaux pucés®. Des veaux OGMisés®. Des veaux transhumanisés®. Des veaux clonés®. Des veaux lobotos®. Des veaux cyborg®. Des veauzombis® – quoique nous rencontrions, me signale-t-on, sur ces dernières occurrences quelques problèmes pléonastiques –. Des veauslaves® (calfslave issus des dernières générations d’AI !)… Bref, des veaux accomplis. Des veaux achevés. Des veaux parfaits ! Et de parfaits veaux ! – D’ailleurs, regardez-les comme ils sont trognons ces petits choux !! Gentils veaux-veaux ! Ameeuuh ! Areeuuh ! – Une certaine pub ose même à chaque printemps : « Bravo le veau ! ». – Vos échos sont entendus. Petit veau deviendra grand… Mais que me vaut ce beuglement impromptu ?… Ah oui, la recette miracle !… Laissez-leur leur tétine, leur hochet, leurs fétiches, leurs illusions, occupez-les avec des futilités, amusez-les avec foule brimborions, distrayez-les avec force bagatelles, divertissez-les à gogo… et veillez à ce qu’ils aient l’impression que leur auge à malbouffe et leur râtelier à malinfo soient toujours garnis en suffisance de potins, de bobards, de niaiseries, de fadaises, de baguenauderies – de mauvais foin, de foin d’artichaut –, de paille, d’ajonc ou autre filasse ligneuse de préférence… Ils en raffolent ! Ils adorent se faire fourrer et farcir, ils avalent tout, ils bectent tout, ils bouffent tout, ils font leur pâture de tout… Et puis vous trouverez bien un petit emplacement dans leurs stabulations pour recevoir fange, bauge, baugeoir, assommoir qui leur siéent si remarquablement. C’est leur juste lot. Leur sort. Leur héritage. Moyennant ces quelques considérations vous avez une paix ROYALE !! Oui, l’ignorance, c’est la force !! Résultat garanti : les veaux ne s’aperçoivent de rien, vous les asservissez tout à loisir et les menez du petit doigt. Vous en faites ce que vous voulez. Même vos choses s’il plaît ainsi à votre désir ou à votre fantaisie. Vous pouvez mêmement les conduire à l’abattoir en chanson, si tel était votre dessein ou votre bon plaisir! Ils vous seront, de surcroît, reconnaissants ! « Allons enfants… »
Et c’est, hélas, justement parce que ce sont des veaux – de vrais veaux 3.0 ! – qu’ils permettent à tous les écornifleurs et malfaiteurs – dénoncés dans ces pages – d’exister et de sévir en toute impunité depuis des décennies. C’est seulement parce qu’il y a trop de niaiseux et de conneaux pour les tolérer ou les soutenir que ces malfrats sont puissants.
À vau-l’eau… et plus si affinité.
Stultorum numerus infinitus est.
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